Aujourd’hui je vous partage un texte écrit il y a déjà un moment et que je pense présenter dans mon dossier de candidature au Master des métiers de l’écriture. Le sujet étant : Une rencontre.

J’aimerais avoir voir avis.

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Je le retrouve…

Je le retrouve comme on retrouve le vieux meuble ancien dans le grenier des grands-parents. Celui qui, sculpté par l’arrière-grand-père habitait nos rêves depuis toujours, que l’on croyait perdu à jamais, qui porte les marques d’une absence trop longtemps ensevelie…
Celui qui diffuse le nectar d’un temps où je jouais encore dans les clairières de la vie avec la certitude qu’il suffisait d’être né pour que le bonheur soit bien calé au fond de soi…. Lui, il est de mon village natal intérieur, de ma tribu du dedans.
Abasourdie, chavirée, démantelée… Je cherche à éviter ces retrouvailles. Après tout, il n’est qu’un simple visiteur de plus qui se pose au chevet de ma vie comme l’oiseau s’arrête un moment sur le bord de la fenêtre…
J’entre en résistance avec le parfum du sens. Je lutte pour faire taire l’étincelant, la mélodie précieuse…

Accepter le présent que l’on a soi-même demandé quand il arrive, la belle affaire, c’est la merde ! Pas prévu au programme de surface, aucune référence. Au début, on erre dans le cosmos, le no man’s land de la frontière entre deux mondes. D’un coté le nouveau paysage. On l’a tellement voulu, comment lui tourner le dos si facilement même s’il semble nous effrayer de son désert de repère ? On sent son relief gourmand, son impact profond, percutant.
D’un autre l’ancien. Il fait parfois un « boucan d’enfer » comme dirait l’ami Renaud. Il cherche le moindre interstice dans lequel il pourra s’engouffrer. Evidemment, il ne veut pas dépérir. Il résiste, il nous ramène sans cesse vers les galaxies enchaînantes et toxiques de la poursuite du plaisir immédiat et primitif. Il retient, mais il n’est que poussière d’étoiles. Aucune consistance. Tu le touches du petit doigt et il se désintègre instantanément…
Face à ce cadeau, je peux donc l’accepter ou regarder ailleurs… Choisir l’incertitude, entrer dans la sagesse du temps, la crispation du doute, attendre que la raison piétine tout ou que le cœur soit en urgence.

Ma décision est prise…
J’entre… Comme les cailloux de la rivière face au flot, je lâche… j’abandonne l’espoir tout noir de retenir le flux qui sans aucun doute est bien plus puissant que moi. J’accepte la place à laquelle il vient de se poser. Celle de l’homme qui attend la femme…
Elle était restée vide attendant patiemment son invité. C’est une des meilleures de toutes, juste au-dessous du dernier rayon de soleil des soirs d’été qui apaise le feu du jour, ouvre le passage vers la douceur étoilée des nuits chaudes, vers la force tranquille du crépuscule quand la journée a été dense…
La place qui libère le sens…
J’entre dans le vertige quasi incroyable que m’inspire cette rencontre.
Ainsi, je fais le choix de la pilule rouge, celle qui sort de la matrice. De la haute voltige, cher et tendre voyageur interstellaire…
Ce choix réactivera inévitablement les mémoires effacées du disque dur depuis longtemps. Les fichiers pourtant imprimés, mais saccagés par l’ignorance des hommes et des femmes qui ouvrirent mes premières blessures. On ne peut pas en faire l’économie…
L’amour nous ramène toujours aux premières écritures. Dans la beauté des pleins et des déliés, dans la chute de la rature.
Je peux tout et je ne veux rien pouvoir pour lui !
Aimer, donner, réparer est ma liberté, mon choix et ne dépend que de moi. Pas un choix n’est meilleur que l’autre. Il est celui que nous devons faire dans le moment pour apprendre à accepter le silence incandescent qui libère l’astre mort et ouvre la porte sur la nouvelle galaxie.

IL est là au cœur du cœur de ma vie et je ne sais pas grand-chose de ce qui anime ma marche vers lui en ce jour si particulier. Si, je sais, un tout petit peu…
Je sais que quelque chose en lui veut naître, se trouver… Il veut changer sa vie depuis l’intérieur dit-il ?
Je sais que je suis dans l’accomplissement de cette grande œuvre et qu’il l’a senti…
Il me semble qu’il a surtout besoin comme moi, de lui, de se rendre à lui-même. De sentir la note juste, l’accord parfait entraînant son chant. Pas celui de l’autre…
S’il savait comme je sais trop bien la délicatesse de la tache quand la partition a été souillée…
On n’y voit plus rien…
Nous avons offert dans un temps reculé, à ceux que nous croyons être les nôtres, l’original pour qu’il nous aide à décrypter le son sacré. Et quand nous avons voulu reprendre l’or de nous-mêmes, nous n’avons retrouvé qu’un vieux bout de papier mité, gribouillé, abandonné aux intempéries. Comment rejoindre la trace dans de telles conditions ?
Pourtant, elle est là, attendant patiemment l’invention de la potion subtile qui sans rien gommer fera apparaître d’abord le contour puis le centre de nous-mêmes. Nos vies n’ont pour seule mission que de regagner les berges de nos rêves grands et profonds…

J’effleure l’image que nous pourrions ensemble, nous accompagner, apprendre à entendre nos voix respectives… Ces toutes petites voix perdues dans nos immensités qui se rejoignent. Et le même vaisseau sur lequel nous errons depuis l’embarquement fœtal, devient pour moi, sous la lumière de notre rencontre, une plate-forme intergalactique ouvrant sur des espaces infiniment grands.
Les portes verrouillées de l’univers se dérobent…
Est-ce un leurre, une chimère, une illusion d’optique ?
Tout va si vite… Les étoiles défilent à une allure vertigineuse et chaque instant qui passe, l’atome en fusion devient plus compact.
Me revient Matrix. Morphéus disant à Néo : « Ce n’est pas parce que tu le crois, mais parce que tu le sais »…
Oui, je le sais… Je ne l’ai jamais su autant qu’aujourd’hui… Je ne peux plus laisser le doute assombrir la moindre de mes cellules vivantes. Je sais qu’à ses côtés, tout en haut du grand arbre, je viens de franchir le mur du son, de dépasser la vitesse de la lumière… Derrière, reste les vestiges de l’obscur, les Voldemort de la conscience : l’enfant, l’adolescente, l’embryon de femme soumise au silence de son immensité…
Je viens d’arrimer mon vaisseau sur la planète orange, celle de notre maître. L’autre plan nous dit-il. Au moment où je m’y attendais le moins, où l’épuisement était à son point culminant. La traversée a été longue et périlleuse. Je n’ai pas l’illusion de croire que c’est la dernière, mais à l’instant où je pose pied-à-terre, je comprends l’évidence : rien ne pouvait être différent. La pluie de météorites antérieure à cet instant devient ballet d’étoiles filantes. Elle avait sa place elle aussi…
Il a ouvert son cockpit pour lancer un message dans l’univers. Moi aussi. Ils se sont percutés en vol puis retombent à nos pieds. Un cadeau si magnifique qu’il me permet d’accoster sur ce sol d’abondance, de capter le signal de la certitude. La voûte céleste est limpide.
Je ne connais pas ce paysage qui ne s’embarrasse pas des résidus, des rôles mal joués, des surfaces aiguisées. Seule l’intériorité capte mes sens.
Naïve, altérée la dame par ce tourbillon lunaire, cet envol sidéral ?
Non, ça, ça ne marche pas non plus. La lucidité est à son zénith. Je n’ai plus peur de m’affronter, de me cogner aux portes scellées, de frustrer ma demande, d’entrer dans le gouffre comme dans la lumière de l’autre, de me perdre…
Je n’ai plus peur de moi donc de l’autre…
Je me délecte de chaque nouvelle donnée extérieure, qu’elle appelle le brillant ou le mat, je l’écoute, la caresse et l’accueil.
Pour demain, je sais que si ce n’est pas lui, ça sera l’autre celui qui était juste avant ou juste après lors de l’embarquement. Le passage est ouvert. Sous son regard d’homme, la femme est née et quoi qu’il en soit, il en est et en restera l’artisan fou…

Qu’en pensez-vous ?

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